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Lundi 13 mai 2013 1 13 /05 /Mai /2013 21:07

Qui est Romain Rolland ? Un écrivain du début de ce vingtième siècle, auteur de nombreuses biographies, ami de Charles Péguy et de Stefan Zweig. Il était aussi, pour notre plus grand bonheur, un pacifiste acharné, et un amoureux de la civilisation.

Dans cet ouvrage intitulé « Au-dessus de la mêlée », titre de l’un des articles et manifestes parus durant les années 1914 et 1915 dans la presse suisse, Romain Rolland nous invite à accomplir des démarches périlleuses, à emprunter des voies difficiles et étroites. Que nous dit ce polémiste, au bon sens du terme ? Qu’une guerre, loin d’être la résurrection appelée de leurs vœux par tous les bellicistes, est un désastre pour tous les belligérants : Romain Rolland de fait l’écho de la prise de position de Stefan Zweig : «  Le désastre de la France serait aussi un désastre pour les penseurs libres d’Allemagne. »

Cette volonté de se situer, dès les débuts de la Grande Guerre, au-dessus de la mêlée, incite Romain Rolland à la formulation de diagnostics précurseurs à plus d’un titre : ainsi, le nationalisme exacerbé est-il stigmatisé quelle que soit son origine, sa justification ultime : « Chaque peuple a, plus ou moins son impérialisme (…) Il est la pieuvre qui suce le meilleur sang de l’Europe. Contre lui, reprenons, hommes libres de tous les pays, dès que la guerre sera finie, la devise de Voltaire : « Ecrasons l’infâme ! »

 

Ce manifeste, dans la grande tradition du J’accuse de Zola, s’engage pour la construction de relations internationales, pour la pratique de la coopération entre nations. Ces principes préfigurent la Société des Nations, ancêtre malheureux des Nations Unies actuelles .Romain Rolland, et c’est là que ses écrits atteignent un mérite immense, débusque aussi le rôle de la haine de l’autre, de l’étranger dans les prises de positions : « A qui souffle la haine, la haine lui rejaillit à la face et le brûle. »

 Il y a aussi un hymne à la fraternité humaine, à l’entretien d’un patrimoine commun à l’humanité entière par le rappel de la définition de l’humanité : « L’humanité est une symphonie de grandes âmes collectives ; Qui n’est capable de la comprendre et de l’aimer qu’en détruisant une partie de ses éléments, montre qu’il est un barbare(…) On le voit, l’actualité de ce pamphlet  est intacte ; il n’a rien perdu de son actualité , de sa pertinence morale .Sa (re)lecture sera un outil précieux pour ceux que la générosité ou la hauteur de vue ne rebutent pas .

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Jeudi 25 avril 2013 4 25 /04 /Avr /2013 19:54

Peut-on associer des modalités de narration issues de traditions littéraires différentes ? C’est à cet exercice que s’emploie Mohamed Berrada dans son roman Vies voisines.

 Ce roman s’articule autour de la vie de trois personnages : une femme en recherche d’émancipation, Naïma Aït Lahna, hôtesse de l’air, banquière, et trafiquante de drogue au final, un jeune homme en mal d’évasion et de dépaysements, le fils de H’Nia, et Abdel Moujoud –al-Wariti, vieux politicien roué. Tous ces personnages ont pour point commun d’avoir participé, chacun selon son parcours, à l’histoire du Maroc contemporain, d’en être un échantillon parfois très représentatif.

 

La vie de chaque personnage y est décrite. Mohamed Berrada y ajoute le récit de ce qu’il appelle le narrateur-narrataire, sorte de dépositaire de l’authenticité de chaque récit. L’auteur du roman y superpose la voix d’un conteur, le râwî, figure centrale de la littérature populaire arabe.

 

Ce qui frappa dès les premières pages de l’ouvrage, c’est l’omniprésence  de l’histoire du Maroc depuis l’Indépendance .Ainsi, Naïma évoque t’elle les idéaux - ou la « naïveté ?- d’une certaine jeunesse  marocaine : «  Notre jeune âge conjugué aux échos de la révolte mondiale nourrissait notre volonté de détruire l »ancien pouvoir qui s’était ravivé après l’Indépendance. Nous avions l’ambition d’imposer les valeurs du changement pour affranchir les gens de l’esclavagisme. »

Abdel Moujoud al-Wariti confesse, lui aussi, quelques espérances démesurées et semble réévaluer le rôle qu’il a joué comme homme public lors d’une interview accordée à une chaîne de télévision marocaine : « Wariti répondit avec une certaine animosité : il n’avait cessé de conseiller les gens du pouvoir et de les mettre en garde, mais il n’était pas directement responsable des violences faites .Puis il ajouta : par ailleurs, je connais mes limites, et on ne plaisante pas avec le pouvoir. »

 

 

Pour le jeune homme, fils de H’Nia, il tentera une libération sexuelle dans les bars de Casablanca, puis une vie nouvelle en Allemagne avec un homosexuel rencontré dans une boîte de nuit au Maroc. Les destins de ces trois personnages se croisent, interfèrent. Ils se rencontrent, se séduisent, souvent, et se dupent.  Leurs tentatives d’entrer dans la modernité, par le culte du corps, de l’argent, par la défense d’idées ressenties comme novatrices et progressistes sont un reflet assez fidèle de la situation du Maroc contemporain, pays en proie, tous comme ses romanciers, à un questionnement passionnant sur l’orientation à donner à sa société. Mohamed Berrada prend ainsi en tant que romancier toute sa place dans cette interrogation du Maroc sur lui-même.

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Lundi 15 avril 2013 1 15 /04 /Avr /2013 17:18

«   Profanes  », tel est le titre du roman de Jeanne Benameur libellé au pluriel alors que l’on attend un singulier. Ce libellé est justifié par le fait que le roman donne lieu à la radiographie de plusieurs vies ; et tout d’abord de celle d’Octave Lassalle. Cet homme est un chirurgien âgé de quatre-vingt dix ans, à la retraite depuis longtemps et séparé de sa femme, Anna, qui vit à Montréal au Canada.

 

 On apprend très vite que cet homme ressent une immense souffrance de cette séparation et de la mort de sa fille Clara, qu’il n’a pu ni opérer ni sauver. Pour dénouer ce nœud gordien, Octave Lassalle élabore une équipe, quatre personnes chargées chacune à son tour, de l’organisation d’une partie de sa journée. Hélène Aurèle, dessinatrice à ses heures, Béatrice Benoît, Yolande Grange, Marc Mazetti, traînant sa nostalgie de l’Afrique, vont rétablir puis configurer très subtilement la relation d’Octave Lassalle à la vie.

 

C’est ainsi que le docteur Lassalle pressent la renaissance possible de liens : « J’ai retrouvé la passion d « être « au service » de quelque chose qui me dépasse, que je ne nomme toujours pas mais qui me tient .Toujours. Chez les quatre, c’est cela que j’ai flairé. »

 

Le véritable thème de ce roman, ce sont des questions éternelles : qu’est –ce qui justifie nos vies, les rend utiles ? Quelle est la meilleure voie pour les expliciter, les embellir ?

Tout d’abord, être profanes, nous dit l’auteure : «  Il pense à l’étymologie du mot profane : celui qui est devant le temple. Au cœur de chacune de leurs vies, le temple .Vif . » Au-delà de ce constat, c’est le caractère impératif du maintien des liens entre les humains qui est éloquemment rappelé : « Les quatre que j’ai choisis sont des humains comme moi. Le frottement de nos vies les unes contre les autres, c’est à ça que je crois. »

Ce qui rend ce roman si attachant, c’est aussi l’hommage aux mots, à leur puissance d’évocation, lorsqu’ils se condensent à l’extrême, comme dans les Haïkus japonais que Jeanne Benameur fait citer à son personnage principal, Octave Lassalle, quand il veut éclaircir ses intentions auprès de son quatuor d’invités. L’esprit de ce roman peut être illustré par une confession d’Octave Lassalle : « Je suis un homme de l’immanence, pas de la transcendance. Je n’ai pas tenté l’impossible .Penser réussir, c’était déjà accéder à une dimension qui me plongeait dans l’effroi. Aujourd’hui, je me dis que mon véritable effroi, c’était peut-être de réussir. »

 

Avec une écriture dépouillée, des mots simples, des phrases courtes, Jeanne Benameur nous livre une magnifique leçon de vie qui n’est jamais édifiante, ni évidente .C’est ce qui contribuera très sûrement au succès probable de ce livre à recommander pour apprendre, un  peu, à vivre !

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Lundi 15 avril 2013 1 15 /04 /Avr /2013 17:12

Quelle  peut être la place de la musique dans la vie d’un philosophe, et dans l’accomplissement de son œuvre ?  Michel Onfray , philosophe à la bibliographie déjà bien dimensionnée –plus d’une soixantaine d’ouvrages - qui  s’est fixé        comme objectif  la réhabilitation de  l’hédonisme comme courant philosophique et source de la conduite humaine  , s’attache dans un dialogue avec Jean-Yves Clément , responsable du séminaire de musique classique à l’université populaire de Caen , à préciser comment la musique est présente dans son existence . 

 

  Aux sources des premières émotions musicales se trouverait, selon Michel Onfray, la vie intra-utérine : « Le système neuronal est une cire vierge avant qu’il ne se constitue chez l’enfant dans le ventre de sa mère. Ce qui forme trace dans la matière neuronale est coefficienté d’une charge hédonique ou traumatique .Le faisceau de la récompense, le faisceau de la punition. »   Autre origine de cet attachement : « les sons, les vibrations, les ondes qui traversent le corps (...) constituent la première des symphonies avec laquelle se joue le restant du concert la vie durant. » 

 

Michel Onfray se prononce, rapidement, sur la place de la musique, sur son essence : « La musique est preuve de l’existence immanente du monde sans Dieu : elle en dit la richesse fastueuse. La musique est dans le monde et son essence ne se trouve pas ailleurs qu’en lui. »   On l’aura compris, Michel Onfray, fidèle en cela au fil de son œuvre, dénie toute vertu transcendante à la musique.

La musique introduit-elle de la beauté, de l’allégresse ? Est-elle source de joie pour notre philosophe matérialiste ? Elle peut l’être, nous répond Michel Onfray qui avoue une préférence marquée pour la musique romantique : « La musique romantique, c’est la nuit et le nocturne, l’amour impossible, le combat avec les dieux. C’est le fantastique, le mystérieux, la nuit de Walpurgis(…) Dans cette vitalité, cette profusion d’être, de sentiment d’âme, je suis chez moi. »   Il avoue apprécier aussi l’architecture de J.S Bach comme remède aux tourments : Bach amène le corps de celui qui l’écoute à la paix et à la joie d’une âme emportée par les sortilèges dont il est le maître incontesté. »   

 

Autant que source d’allégresse, de beauté, la musique trouve sa place dans le réel sonore, elle est incluse dans le monde, elle le dit, et pour notre philosophe, c’est un accomplissement : « Le monde est divers et multiple. La musique obéit à cette multiplicité .Elle ne se dit pas, elle ne dit rien, elle est l’une des modalités du monde. »   

Sur l’acquisition de sa culture musicale , Michel Onfray avoue être un autodidacte, et confie à Jean-Yves Clément l’élargissement de ses relations au monde musical, à des compositeurs inconnus tel Pierre Thilloy , injustement méconnu selon lui . Il refuse par ailleurs de trancher entre les chapelles, partisan de la musique sérielle ou dodécaphonique, et insiste avant out sur cet impératif qui lui cher : la musique doit être dionysiaque et être incluse dans ce monde.

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Lundi 1 avril 2013 1 01 /04 /Avr /2013 20:43

Peut-on lutter contre l’oubli en allant à la recherche de son père, et plus exactement du passé de celui-ci ? Il semble bien que cela soit le cas à la lecture du roman de Serge Legrand-Vall  La rive sombre de l’Èbre.

 

 Nous sommes en 1964 .Antoine est journaliste à Bordeaux, il aime Marie, sa compagne .Il est fils adoptif d’Emile qui l’a élevé durant son enfance en France .Antoine est fils de réfugiées espagnols, Inès et Antonio Romero. Ce dernier est  mort durant la bataille de l’Ebre en 1938 tandis que son épouse Inès a pu mettre au monde son enfant Antoine dans la neige d’un col pyrénéen durant la Retirada, terme désignant la retraite des troupes républicaines espagnoles face à l’offensive des troupes franquistes conduite cette même année.

 

Antoine apprend le décès de sa mère Inès, disparition due à une crise cardiaque .A l’occasion des obsèques, on lui remet des lettres de ce père, au passé insuffisamment éclairci pour Antoine. Pour en avoir le cœur net, il décide de se rendre en Espagne qui est à cette époque toujours sous le joug de la dictature de Franco .Antoine décide de rencontrer les habitants du village de Mora, localité de Catalogne .Il y rencontre ainsi une certaine Pilar, qui a connu Antonio Romero et l’ai aimé en pleine guerre civile. Toutefois, Antoine est intrigué à la lecture des lettres de son père par la mention d’un certain Gonzalo. Pilar lui fait comprendre que ce Gonzalo l’a aimée elle aussi, qu’il a réussi, entre deux affrontements, à lui rendre visite … Ce qui met en doute la véritable filiation d’Antoine .Est-il le père d’un combattant républicain, Antonio Romero, ou d’un franquiste Gonzalo ?

 

Il ya dans ce roman des séries de rappel concernant l’histoire, le pouvoir de l’idéal, celui de la violence aussi .Ainsi apprend-on avec quelque honte que les réfugiés espagnols ont été loin d’être les bienvenus en 1939 au pic de leur exode .Manolo, un personnage du roman, exilé , se souvient : « Et les coups de crosse avec ça , les insultes .Comme si la seule chose qu’ils voulaient, c’était nous humilier .On a été parqués comme du bétail dans une cour de ferme , sans nourriture , sans eau, dans la boue , sous la pluie et la neige … »

 

L’auteur rappelle que cette guerre fut le théâtre d’atrocités multiples, que des milliers de fusillés ont été enterrés dans des fosses communes, sans sépulture…Le récit de la mort d’Antonio Romero en novembre 1938, noyé au cours d’un repli de son détachement, prend tout son sens : « Engourdi, épuisé. L’eau glacée emplit sa bouche .Elle avait un goût de roche et de pluie .Antonio sut qu’il ne vivrait pas ce que la vie pourtant lui avait réservé .Puis, la paix des eaux le recouvrit.  »

 

Le récit retient bien l’attention du lecteur, en particulier grâce à la mention du contenu des lettres d’Antonio et à l’évocation de la situation des personnages durant la guerre civile, fort opportunément indiquée en italique dans l’ouvrage. Les personnages y ont une grande  épaisseur humaine. On s’attache à leurs combats, on compatit à leurs déchirements entre deux cultures. Nous ne révélerons pas le dénouement du roman, dont la lecture est très agréable, souvent émouvante .Cet ouvrage illustre  la liaison étroite entre l’Histoire, toujours à (re)découvrir et les destinées individuelles, incluses dans cette dernière et actrices de son accomplissement.

 

                                        

 

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TEXTE LIBRE

 

 

0021.jpgJ’ai 61 ans, réside actuellement à Boulogne-Billancourt, et m’intéresse de longue date à beaucoup de domaines de la vie culturelle, dont bien sûr la littérature.

 

Auteurs favoris : Virginia Woolf, Thomas Mann, Joseph Conrad, William Faulkner, Aragon, Drieu La Rochelle, et bien d’autres impossibles à mentionner intégralement.

 

 

Centres d’intérêt : Littérature, cinéma, théâtre, expositions (peintures, photographies), voyages.

 

Mes orientations : la réhabilitation du rôle du savoir comme vecteur d’émancipation, de la culture vraiment générale pour l’exercice du libre arbitre, la perpétuation de l’esprit critique comme source de liberté authentique.

 

« Pour des millions de voix » est une fiction politique dans laquelle j’envisage que le suffrage universel est supprimé en France. C’est un hommage aux   indignésde la connaissance et de l’émancipation.

 

«Le viaduc de la violence », mon second roman, traite de l’influence de deux types de violence dans la vie de mes personnages principaux : la violence économique et sociale, et la violence personnelle, issue de conflits intimes mal maîtrisés.

 

Triplicata, recueil de nouvelles, envisage les trois versions possibles de la vie d’un homme.

 

"Amère maturité", qui décrit le parcours d'un journaliste, débutant à la radio à la fin des années soixante et se terminant en 1989 , année de toutes les chutes mais aussi annonciatrice de renoncements pour cet homme , envahi par le désenchantement et l'amertume. qui trouvera son salut dans l'amour de trois femmes , chacune éclairant son existence d'une signification inédite.

 

"Des vies en abyme", nouvelle décrivant les vies en miroir et en reflets réciproques de trois protagonistes :Farida, René , Céline , dont les heurs et malheurs s'entrechoquent, se lient ou se délient  ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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