Quantcast

LE CHAGRIN DE LA GUERRE -BAO NINH

Comment exorciser l’agonie de ses guerres ? Par la littérature, canal efficace dans ce domaine en Occident pour la description des conséquences des première et seconde guerres mondiales, pour ne nommer que celles-là. Dans Le chagrin de la guerre, Bao Ninh, membre d’une nouvelle génération d’écrivains au Viêtnam, tente cet exorcisme par la fiction romanesque.

 

Kiên, homme de trente ans, ancien combattant de la guerre du Viêtnam, revient sur les lieux de son adolescence prématurément écourtée par la mobilisation. Pour reconstituer sa vie, lui redonner une cohérence rétrospective, Kiên écrit sa vie, son engagement, son amour, toujours vivace pour Phuong, rencontrée dans les jardins de Hanoï.

Ce n’est pas à une plate apologie de la guerre que nous conduit le roman, mais à une suite de descriptions d’états d’âme, à l’exposition d’interrogations, de questionnements graves, que les peuples les plus éprouvés par un long conflit ont connu, ce qui est le cas du peuple vietnamien.

 

Ainsi, de la perception de la guerre, de sa nature cruelle : « Hélas, la guerre, c’est un monde sans foyer, sans racine, une errance pitoyable, grandiose, sans fin, un monde sans hommes, sans femmes, sans sentiments, sans désirs, le monde le plus désolant (…) qu’aient inventé les hommes. »

Autre point, commun à la littérature occidentale de la guerre, l’espoir immense exprimé que cette guerre est la dernière de l’espèce : « Pour lui, c’était la dernière des guerres. Malgré le caractère sacré, douloureux de cette lutte contre les Américains, la guerre s’inscrivait dans son cœur comme les paroles d’un testament, qui n’apportaient rien à sa vie présente, mais qui restaient profondément ancrées dans sa conscience. »

Le long de ce récit, Kiên se pose bien sûr la question : comment surmonter la guerre, ses séquelles, ses blessures. Les réponses sont données par le père de Kiên, mourant : « Le temps nouveau viendra. Radieux. Magnifique…Mais jamais la tristesse ne s’éteindra …Il restera la tristesse …La tristesse immémoriale qu’on se passe de génération en génération .Je n’ai rien d’autre à te laisser qu’elle, la tristesse. »

A la fin de l’ouvrage, l’auteur laisse entrevoir une victoire des forces de vie « Nous avons survécu à la guerre, pour revenir, chacun par un chemin qui lui est propre, dans la vie (….) mais c’est la meilleure vie qu’il nous soit donné d’espérer car c’est une vie dans la paix. »

La littérature vietnamienne contemporaine  vient de conquérir à coup sûr ses lettres de noblesse .Le chagrin de la guerre est un grand roman, à multiples facettes, d’une grande finesse psychologique .A découvrir de toute urgence.

 

 

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus